L’équipe de Reconnect est allée à la rencontre d’Eric Chatry, président-fondateur de l’association entre 2008 et 2010

Publié par Pierre Laburthe-Tolra

Eric Chatry entouré des porteurs du projet, Pierre Digonnet (à gauche) et Vincent Dallongeville (à droite)

Aujourd’hui président et co-fondateur de l’entreprise « Je rêve d’une maison », Eric Chatry raconte son parcours atypique : passé des multinationales au monde de l’engagement, il a changé de vie pour devenir une figure de l’entreprenariat social à la tête de Reconnect.

Créée en 2008, l’association a fait de la lutte contre l’exclusion numérique sa priorité. Le projet de téléphonie solidaire mis en place par Eric Chatry et développé entre 2008 et 2012 a offert une solution aux difficultés de télécommunications des personnes sans domicile. Depuis 2012, l’association répond à la problématique de la perte des papiers : Reconnect – le cloud solidaire numérise et stocke les documents des personnes en situation de précarité.

Tu travaillais dans le secteur du luxe avant de lancer Reconnect en 2008, quelles étaient tes motivations ?

J’ai travaillé 20 ans chez Danone, l’Oréal, Mc Kinsey puis LVMH. Je gagnais bien ma vie, je voyageais beaucoup, j’occupais une fonction prestigieuse, mais il y a quelque chose qui n’allait pas. Je n’en percevais pas le sens. Quand j’ai démissionné de LVMH en 2008, personne n’a compris. J’avais le sentiment de sortir d’une prison dorée.

Comment s’est passée ton orientation vers le monde associatif ?

Pour la première fois de ma vie, j’ai pris le temps ; c’était libératoire. J’ai eu cette envie d'être disponible pour comprendre l’autre. Je suis allé à la Rampe, une association de soutien aux sans-domiciles fixes en tant que bénévole. Juste le fait d’être là, d’être à l’écoute, d’avoir le sentiment de servir à quelque chose (…) j’ai pris énormément de plaisir à voir l’utilité de ce que je faisais.

J’y suis retourné une fois, deux fois, cinq fois, dix fois et j’ai beaucoup échangé avec les responsables de l’association. Et puis tu te rends compte que les procédés en place ne sont pas toujours optimaux. J’ai pensé que l’innovation trouverait à s’épanouir dans le fonctionnement associatif.

Pourquoi Reconnect ?

A force de discuter avec les gens, je me suis rendu compte que la problématique majeure était celle de l’isolement. Ces femmes et ces hommes étaient sans doute précaires puisqu’en rupture de liens. Autour de cette idée de lien, j’ai pensé à utiliser les nouvelles technologies pour recréer des liens.

L’isolement social des gens en situation de précarité, c’est juste n’importe quoi

Le service de téléphonie solidaire créé avec Reconnect, c’est quoi ?

Le premier outil de lien, c’est le téléphone, ceux qui en ont le plus besoin ne sont pas joignables, leurs démarches sont fréquemment abandonnées.

J’ai créé une solution de boîte vocale gratuite. Les sans-abri avaient un numéro permanent en 01, qui permettait la réception de messages et le rappel gratuit. C’était aussi un moyen pour eux de dire « j’existe, tu peux me joindre et je peux te joindre ». On a aussi créé des cartes de visites : on redonne un nom, un téléphone, un statut à la personne.

Quels ont été les freins au développement de Reconnect ?

La difficulté a été d’adapter les outils aux profils des travailleurs sociaux. Réduire la pénibilité de leur travail était la priorité.

Un conseil à l’équipe actuelle de Reconnect ?

Il faut faire de Reconnect un outil de soutien pour le travailleur social : il peut former le bénéficiaire, accéder à ses documents... Il faut lui proposer une palette de création de valeur intelligente et lui proposer d’acquérir de nouvelles perspectives.

Ton message aux jeunes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat social ?

Je suis devenu entrepreneur social sans savoir que le mot existait. Avant, les alternatives étaient rares, il y a aujourd’hui une idée de norme sociale de progression. Il faut qu’ils suivent leurs instincts : peut-être que le même Eric Chartry qui sort d’école aujourd’hui crée tout de suite sa start-up.